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Vieux motard que jamais

Système

En 2002 j'enseignais l'allemand aux élèves malentendants du Lycée Joffre à Montpellier. J'aimais bien me servir de la salle info de l'école pour les travaux pratiques. La salle comptait environ une vingtaine de postes, dont la moitié étaient équipés d'un système d'exploitation Microsoft Windows. L'autre moitié des postes ne disposait pas d'OS suite à des restrictions budgétaires. L'école n'avait tout simplement pas les moyens de payer les licences pour tous les postes.

Mon truc d'anarchiste

Mandrake Linux

À l'époque j'utilisais Linux depuis un an déjà. J'avais découvert ce système the hard way en installant Slackware Linux 7.1 avec un bureau KDE 2.4 sur mon vieux PC Pentium-II 233 MHz. J'avais mis en place un double boot avec Mandrake Linux, une distribution française dont j'avais acheté le pack Pro à la librairie Sauramps. J'avais même réussi à configurer une connexion ADSL en peaufinant les fichiers de configuration du l'outil rp-pppoe. J'étais fier comme un pape de ma nouvelle installation, et j'ai voulu en faire profiter les autres avec un zèle de néophyte.

Sur un coup de tête j'ai décidé d'aller voir l'intendant du lycée Joffre pour lui proposer d'installer Mandrake Linux sur les postes dépourvus d'OS. Il m'a reçu dans son bureau un peu comme Louis XIV pouvait recevoir un quémandeur à Versailles. Il m'a écouté d'un air ennuyé en tirant sur sa pipe. Et quand j'ai terminé mon exposé sur Linux et les avantages des logiciels libres, il m'a regardé par-dessus ses lunettes demi-lune et m'a répondu :

« Vot' truc d'anarchiste, j'en veux pas. »

C'est officiel

DINUM

Vingt-quatre ans après cette rencontre infructueuse, j'apprends que la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM pour les intimes) annonce la migration de ses propres postes de Windows vers Linux, pour marquer le début d'un mouvement plus large pour l'ensemble de l'administration française. L'objectif principal étant de réduire la dépendance de l'État français aux solutions numériques américaines. Une décision qui s'inscrit dans la volonté de reprendre le contrôle sur les choix technologiques, les données et les infrastructures critiques, en évitant notamment les risques liés à la dépendance à des acteurs étrangers.

D'ici l'automne 2026, chaque ministère devra présenter un plan détaillé de migration de leurs systèmes : postes de travail, outils collaboratifs, équipements réseau, hyperviseurs, etc. Sans oublier le remplacement des gros bousins propriétaires comme Teams, Zoom ou Google Meet par des alternatives libres comme Tchap ou Visio.

Linux à la Gendarmerie Nationale

Notons ici que la France dispose déjà d'une avance sur les autres en la matière, puisque ça fait un peu plus de quinze ans que les postes de travail de la Gendarmerie Nationale tournent sous Gendbuntu, un fork spécialisé d'Ubuntu. Et les retours d'expérience sont plutôt positifs.

Qui veut migrer des millions ?

Migration vers Linux

Le projet de migration annoncé par la DINUM concerne pas moins de 2 500 000 postes. Oui, vous avez bien lu. Deux millions et demi. Ce qui en fait l'un des plus grands projets de migration en Europe.

Je me prépare un deuxième café et je le sirote en regardant les arbres en fleurs sur la Place des Platanes. Je me dis que tout ça c'est plutôt pas mal pour un lundi matin.


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